Grenouille - hylode

27/03/2016 10:52

hylode, grenouille, grenouille de guadeloupe, gounouy, grounouy, hylode de la martinique, hylode de guadeloupe, hylodeSi tant est qu'il fasse nuit, depuis les massifs d'ornement de l'aéroport, jusque dans les bacs à plantes du hall du cinéma Grand Rex au coeur de Pointe-à-Pitre, on l'entend chanter... L'hylode de la Martinique (Eleutherodactylus martinicensis) également appelée gounouy ou grounouy en créole, ou encore rainette brun en français, est une charmante grenouille endémique des petites Antilles, préférant avant tout les milieux humides et arborés, mais s'acclimatant également aux environnements plus arides. On la rencontre depuis les côtes de la Grande Terre jusqu'aux flancs de la Soufrière. Il n'est pas rare non plus qu'elle vienne nous rendre visite jusque dans la salle-de-bain...

De couleur jaune sale à marron foncé, elle mesure de 3 à 5 cm. Ses pattes se terminent par de grands disques digitaux lui permettant de grimper sur des surfaces verticales lisses. Son sifflement correspond soit à l'appel sexuel du mâle, soit au chant de défense du territoire. Laissez-vous séduire et écouez la polyphonie du chant des hylodes qui nous berce tous les soirs (enregistré devant notre maison). Un mâle peut chanter toute une nuit.

Elle se nourrit de petits insectes notamment et, aux abords des habitations, il n'est pas rare que l'hylode de la Martinique chasse sur les murs, près des lampes allumées en compagnie d'anolis et de margouillats, même si ceux-ci peuvent parfois compter parmis ses prédateurs... Mais les principaux restent néanmoins les oiseaux et les scolopendres.

Contrairement aux rainettes et aux crapauds, les femelles pondent les oeufs directement sur le sol, à l'ombre d'une pierre ou de végétaux. La "phase têtard" n'existe pas, et deux semaines plus tard naissent des mini-grenouilles de 5 mm environ. Elles dispsosent de suffisamment de réserves alimentaires pour tenir une semaine environ avant de devoir partir en chasse...

Eleutherodactylus martinicensis - Son nom d'espèce, composé de martinic et du suffixe latin -ensis ("qui vit dans, qui habite") lui a été donné en référence à la Martinique où elle aurait été découverte. NB : cette thèse est controversée et quelques biologistes s'écharpent à ce sujet... Ce dont petite grenouille se fout complètement (et nous avec). 

grenouille de guadeloupe - En revanche, ce dont on ne se moque pas, c'est que notre petite hylode et ses cousines natives des Antilles : "de Pinchon" et "de Barlagne", tout comme l'hylode "de Johnstone" (introduite dans les années 1960) sont en danger pour deux principales raisons :

  • La pollution humaine : réchauffement climatique, déforestation, destruction des habitats naturels, pollution de l’air, de l’eau et de la terre.
  • L’introduction d’espèces envahissantes : rainette X-signée (5,5 cm - dernièrement, de Guyane) et rainette de Cuba (11,5 cm - années 1990, de Floride, dans les îles du nord : Saint-Martin et Saint-Barthélémy). Ces espèces, en pleine expansion en Guadeloupe, non seulement rivalisent avec les hylodes pour l'habitat et la nourriture, mais peuvent également devenir des prédateurs et leur transmettre, en plus, un champignon cutané mortel !

Leur disparition serait une perte pour la biodiversité mondiale car elles ne vivent nulle part ailleurs. Elles participent de plus à la régulation des populations d'insectes et sont de fins bio-indicateurs de la qualité des milieux... L’hylode de Pinchon (la plus petite espèce d'hylode de l'archipel guadeloupéen, endémique de Basse-Terre et qui ne vit que dans cette petite partie du monde) est classée "espèce en DANGER" par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature ! Il en va de même de l'hylode de Barlagne...

 Chez les Taïnos, la grenouille était considérée comme l'ancêtre mythique de la femme (et la chauve-souris, celui de l'homme).