Bologne de Saint George, Joseph

29/03/2016 23:16

joseph bologne de Saint George, Chevalier Saint George, Chevalier de Saint GeorgeJoseph Bologne de Saint George est probablement né le 25/12/1745 au Baillif (Guadeloupe) et est décédé à l'âge de 53 ans à Paris le 10 juin 1799. Il est connu pour avoir excellé en tant qu'escrimeur, militaire et musicien.

Les historiens déduisent généralement des sources dont ils disposent qu'il serait né sur le site de la sucrerie de Clairefontaine, au Baillif, de père colon, noble et européen, Georges de Bologne Saint-Georges (1711-1774) et de mère esclave originaire d'Afrique, Anne dite « Nanon », née vers 1728 au Lamentin (Guadeloupe). François-Joseph Fétis, compositeur et critique musical belge du 19ème siècle écrira : « Saint-George (le chevalier de), né à la Guadeloupe, le 25 décembre 1745, était fils de M. de Boulogne, fermier général, qui l'avait eu d'une négresse. »

En 1747, risquant la confiscation de ses biens et la peine de mort à la suite d'un duel avec l'un de ses voisins (qui en mourut), Georges de Bologne Saint-Georges quitte précipitamment la Guadeloupe pour Bordeaux en compagnie de sa femme, parvenant à la convaincre d'emmener avec eux l'esclave qu'il avait engrossée ainsi que son enfant, Joseph, afin d'éviter leur vente à d'autres planteurs. Deux ans plus tard, ayant obtenu grâce, il revient sur ses terres ultra-marines.

Mais le jeune Joseph reste en France, en pension, dans une famille adoptive, celle de Nicolas Texier de la Boëssière (1723-1807), homme de lettres et homme politique mais surtout excellent maître d’armes, qui va coordonner les études du jeune Joseph et lui offrir l'éducation d'un homme du monde. Il y vit heureux, comme un affranchi et en homme de couleur libre.

Doué, intelligent et sportif, en 1761, il entre dans les gendarmes de la garde du Roi, dans le prestigieux corps des Mousquetaires. Le 10 mai 1763 Georges de Bologne achète pour son fils une charge de « Conseiller du Roy », contrôleur ordinaire des guerres, qui lui donne droit au titre d’écuyer. Cet office permet de comprendre pourquoi, la Révolution venue, on lui confiera le commandement d’un régiment de cavalerie légère. En 1766, Monsieur de Saint-George se prépare à devenir chevalier, un combattant à cheval. Il vise, à travers une carrière militaire, un titre de noblesse d'épée. Il devint ensuite écuyer de Mme de Montesson, puis capitaine des gardes du duc de Chartres.

Parallèlement, il se fait rapidement remarqué pour ses talents de danseur, d'écuyer, de patineur, de nageur mais avant tout par son habileté exceptionnelle comme fleurettiste : Le 8 septembre 1766, jeune champion, il rencontre Gian Guiseppe Faldoni, son alter-ego italien. Sa renommée n'en est qu'à ses débuts (elle prend, dans ce domaine, une dimension européenne, en 1787, lorsqu'il affronte amicalement le chevalier d'Eon, à la demande expresse du prince de Galles, Georges Auguste de Hanovre).


Mais avant toute chose, Saint-George est un musicien, violoniste virtuose, compositeur de sonates, de symphonies concertantes pour quatuor d’archets, de concertos et de comédies mêlées d’ariettes. En 1769, déjà surnommé l'inimitable, Saint-George prend le poste de premier violon dans l'orchestre du Concert des amateurs, créé à l'Hôtel de Soubise, sous la direction de François-Joseph Gossec, jusqu'en mars 1773. Il en devient ensuite le chef d'orchestre. Saint-George se voit confier la direction de différents concerts et orchestres et se produit en Europe. En 1776, il est même question de lui confier la direction de l'Académie royale de musique, mais certaines actrices s'adressent à la reine et mettent un terme à cette hypothèse, arguant qu'elles ne sauraient être soumises à la direction d'un mulâtre...

Saint-George participe intensément à la vie culturelle parisienne, des jardins du Palais Royal aux concerts privés de la noblesse. Madame de Montesson, épouse du duc d’Orléans, père, confie à Saint-George la direction de son théâtre privé et lui demande d’être le maître de cérémonie de son salon. D'après Gazeau de Vautibault, Saint-George serait entré au service des Orléans le 1er mai 1779. Saint-George devient même l’un des familiers de la reine Marie-Antoinette. Certains auteurs le disent maître de musique, professeur de clavecin de la reine.

Au début de la Révolution française, Saint-George séjourne en Angleterre. Revenu en France, il revient peu à peu aux fonctions militaires des débuts de sa vie active. D'abord enrôlé dans la Garde nationale (Révolution française) de Lille, il devient ensuite colonel, à la tête d'une légion de soldats de couleur pour défendre la révolution : la Légion Franche des Américains et du Midi qui est devenue de nos jours le 13e régiment de chasseurs à cheval. L’un des officiers sous ses ordres se nomme Alexandre Dumas, futur général de la Révolution et père de l’auteur des Trois Mousquetaires. La légion est envoyée au feu contre les Autrichiens.

Le vendredi 17 mai 1793, les soldats de la Légion des Américains publient une « Adresse à la Convention, à tous les Clubs et sociétés patriotiques pour les nègres détenus en esclavage dans les colonies françaises ». Saint George en est l'un des signataires. Ce texte est un véritable manifeste en faveur de l'abolition immédiate de l'esclavage dans les colonies et propose un projet de société.

Malheureusement, avec l'obscure et complexe affaire Dumouriez, suspecté de sympathies royalistes en raison de son passé à la cour, Saint-George est arrêté, le 4 novembre 1793, à Château-Thierry et, malgré le soutien de la municipalité, jugé. Il est incarcéré, puis libéré, après presque une année de détention. En 1795, il est définitivement révoqué.

Il rentre dans la vie privée et meurt à l'âge de 54 ans, le 12 juin 1799 à Paris, alors que se termine la décennie de la Grande Révolution. Il passe ses dernières années dans un état voisin de la misère, un ulcère à la vessie le conduisant à la tombe.

On a perdu la trace de sa sépulture mais reste du chevalier Saint-George l'inspiration d'un mouvement de promotion sociale des esclaves des Nouveaux Mondes et l'émergence d'une élite métis en Europe occidentale.

Il ne semble pas que Saint-George ait eu une descendance biologique.