vivre en Guadeloupe

Tranches de vie

Bienvenue, contents de vous voir, c'est ce que dit cette fresque visible à Point-à-Pitre... Et elle résume fort bien l'accueil des guadeloupéens ! Mais tout n'est pas simple, encore faut-il apprendre à connaître leur quotidien, parfois un peu déconcertant. C'est pourquoi, cette rubrique relate des faits, des plus légers aux plus graves, auxquels nous ne sommes pas habitués en métropole... Tout l'intérêt de l'"expatriation", en somme !

l'apéro

Peu de temps après notre arrivée, une voisine nous invite fort gentiment à venir prendre l'apéro... à 17h00 ! Ben oui, la nuit tombe entre 17h45 et 18h15 ici, alors bon, 17h00 c'est le début de la soirée. D'ailleurs, à partir de midi, on ne dit plus "bonjour", mais "bonsoir" !

Les invités arrivent, et en même temps les alcools et biscuits apéritifs sont disposés sur la table. Tiens, il y a une cuillère à soupe dans l'asiette de cacahuètes... En fait, ce n'est pas une négligence de notre voisine : c'est simplement une manière hygiénique de se servir et de faire passer les cacahuètes de l'assiette à la main, sans que chacun y plonge ses doigts (dont on ne sait où ils ont traîné...). Les raisins secs font également partie de l'apéro, disposés dans une assiette, comme les cacahuètes.

Il est parfois "dînatoire", c'est-à-dire que l'on peut se voir offrir des cuisses et des ailes de poulet marinées tièdes ou froides, ainsi que du boudin créole (sans gras, comme en métropole, mais épicé et pimenté), un vrai bonheur ! Et à l'approche de Noël des lanières de "jambon-péyi" également, cuit, plus ou moins pimenté, servi tiède ou froid...

Bien, on papote et on grignote... "Je boirais bien un coup", mais mon verre est resté désespérément vide depuis 3/4 d'heure qu'il est devant moi, tandis que mes voisins sirotent leur ti-punch ou leur whisky-coca. J'aurais loupé le premier service ? Non : c'est qu'en Guadeloupe il est courant que chacun se serve ! Et ça paraît tout bête, mais mettre la main sur la bouteille de whisky pour se servir son verre chez des gens qu'on connaît à peine, si tant est qu'on ne soit pas un alcoolique patenté, ce n'est pas si simple ! En fait, comme lors d'un repas, chacun se sert, à sa convenance... Bref, j'ai fini par me servir. Et on a passé une très bonne soirée !

Champagne ! Les Guadeloupéens raffolent du champagne, il y en avait d'ailleurs lors de cet apéro. Et on a vu également des couples en consommer au bord d'une cascade, ou à la plage... loin des "moments d'exception" qu'on lui réserve en métropole.

Les coupures d'eau

Elles n'ont rien d'exceptionnel. En effet la Guadeloupe fait l'objet de fréquentes restrictions et coupures d'eau. Lorsque nous avons pris possession de notre maison (octobre 2014), notre propriétaire avait pris le soin de remplir quelques seaux et bidons. Délicate attention dont nous comprîmes rapidement l'intérêt : dès les premiers matins, l'eau fut régulièrement coupée depuis 6h30 jusqu'à 10 ou 11h00. Et le week-end aux mêmes heures, un mini-filet d'eau ne permettait pas de prendre une douche. Le "pompon" fut atteint en décembre lorsque le robinet est resté sec pendant 4 jours ! L'école de notre quartier fut d'ailleurs fermée 3 jours avant les vacances d'hiver pour manque d'eau (et risque d'insalubrité). Et chaque matin, nous faisons en sorte d'être tous douchés pour 7h00 au plus tard, au cas où... Mais ne nous plaignons pas : certains habitants des Grands Fonds (Grande-Terre) restent parfois une semaine, voir plusieurs, sans eau ! Sans parler des artisans et commerçants pour l'activité desquels l'eau est indispensable...

Pourtant la pluviométrie (sur la Basse-Terre notamment - voir Climat) est largement suffisante pour alimenter toute l'île aux belles eaux (par pompage dans les rivières essentiellement, plus quelques forages)... Quelles sont donc les raisons, alors, de ces pénuries ? Elles sont multiples (mais rarement clairement expliquées, au grand dam de la population guadeloupéenne) :

  • Au premier chef, sans doute, la vétusté du réseau. Il est admis que la moitié de l'eau acheminée par les canalisations est perdue et se répand dans la nature au lieu d'alimenter les habitations (contre 25% en métropole, ce qui est déjà énorme !). Imaginez le coût écologique et économique de ce triste record.
  • Les travaux entrepris pour réparer ce réseau. En effet, pour réparer une canalisation, il faut en couper l'alimentation...
  • Les fortes pluies. Eh oui ! Les précipitations entraînent depuis les sommets roches, boues, débris végétaux et autres particules qui bouchent les filtres des pompes. Du coup, il faut réparer, et pendant ce temps-là... plus d'eau au robinet.
  • A l'opposé, la sécheresse peut également être source (si je puis dire) de restrictions.
  • Enfin, une guide touristique de Basse-Terre nous a également soufflé que les planteurs de bananes n'hésitaient pas, lorsque le besoin s'en faisait sentir, à dévier quelques cours d'eau afin d'irriguer leurs cultures (la banane est gourmande en eau, en effet). Info ou intox ?
  • Sans oublier les grèves, comme celle de décembre 2014, liée à la crainte des salariés de la Générale des Eaux de perdre leur emploi.

Alors bon, face à cette situation, une seule réponse : Le Système G (système Gwada) ! Il n'y a pas de solution miracle, il s'agit simplement d'anticper. Les mieux équipés ont installé de grandes citernes, parfois enterrées, récupératrices d'eau de pluie, équipées de pompes. De notre côté, plus modestement, un plan d'action en trois étapes :

  1. Réserves d'eau de source achétée par packs entiers (de toute façon, vu les risques de catastrophes naturelles - voir Activité cyclonique & Activité tellurique - nous sommes tenus de disposer en permanence de 6 packs d'eau environ par personne) ;
  2. jerricanes d'eau propre puisée à la rivière ou reccueillie sous les goutières (ou d'eau du robinet en prévision des prochaines coupures). La piscine peut dépanner également à l'occasion ;
  3. balade quotidienne à la rivière pour se laver (dans ce cas, mieux vaut utiliser un savon naturel pour ne pas polluer). Cette dernière option, très agréable au demeurant, n'est possible que lorsqu'il ne pleut pas, à cause des risque de subite montée des eaux.

Au final, ces pénuries sont assez exaspérantes dans la mesure où l'eau est partout sauf dans les tuyaux, pour des raisons difficilement admissibles, qu'aucun département de métropole ne tolèrerait. Malgré cela, dans la torpeur des Antilles, la vie s'organise et continue...

coupure d'eau en Guadeloupe Notre réserve d'eau, stockée au-dessus des toilettes !

Les horaires d'été

En juillet et en août, pendant les "grandes vacances" scolaires, la Guadeloupe révise ses horaires et passe en mode "été" : Les entreprises et institutions ouvrent et ferment en moyenne une demi-heure ou une heure plus tôt. Certains commencent donc à 7h30 et voient leur journée finir à 15h00. D'autres commencent plus tôt et terminent à la même heure que d'habitude mais se voit par conséquent le droit de profiter de leur vendredi après-midi... Il n'y a pas de règle, chaque société / organisme aménage (ou pas, comme dans l'entreprise dans laquelle je suis salarié) à sa guise les horaires de travail. Même le diocèse de Guadeloupe révise l'heure des messes pendant cette période !

Ceci est lié, m'a-t-on expliqué, au fait que cette période est propice à la venue des membres de la famille et des amis qui vivent le reste de l'année en métropole. En décalant ainsi les horaires de travail, il reste en fin de journée un peu plus de temps pour profiter de ses proches.
Il fait également particulièrement chaud et l'atmosphère est pesante en se début de périodcyclonique, il n'est donc également pas désagréable de commencer un peu plus "à la fraîche" (25 à 26°C quand-même avant le lever du soleil)...

Les informations routières

En français ou en créole, les informations diffusées sur les panneaux lumineux des bords de route abordent tout type de sujet :

  • arrivée de la Route du Rhum,
  • ou prévention routière (Si tu bois un coup, ne prends pas la route). C'est de cela dont il s'agit ici :

Information routière

  • Ces derniers mois de 2015, c'est le fameux indice ATMO (voir article sur la qualité de l'air) qui occupe les panneaux lumineux la plupart du temps, renseignant ainsi la population sur la qualité de l'air et, notamment, la densité des brumes de sables.

Notre salle d'eau est un vivarium !

Il est des lieux propices aux rencontres, et notre salle d'eau en est un ! Mais avec des représentants inattendus du règne animal... Il faut dire que traditionnellement la maison créole est très bien ventilée et souvent ouverte sur l'extérieur. Ce qui donne à nos petits voisins du jardin la possibilité d'y pénétrer et d'y circuler aisément, soit pour y chasser, soit pour fuir la chaleur et la sécheresse du dehors. Et la salle d'eau (avant la cuisine) est en ce sens l'endroit idéal...

Mais à 6h00 du matin, les yeux encore lourds de sommeil, il est parfois surprenant (c'est le terme...) de tomber nez à nez avec l'un de ces visiteurs nocturnes ! Parmi ces situations, citons par exemple :

  • une grenouille de 3 cm qui, alors que je me rase (sans penser à devenir président), prend mon cou pour un raccourci entre le mur et l'étagère ;
  • une scolopendre immobilisée sur le joint blanc du carrelage mural de la douche (heureusement repérée illico par notre fiston) ;
  • un anolis (lézard vert) caché derrière la bouteille de shampooing, au moins aussi surpris que moi lorsque je m'en suis saisie ;
  • un margouillat (gécko gris) "ventousé" au plafond qui contemple de ses yeux globuleux les ablutions matinales de Darling ;
  • ou un mille-pattes perdu, en quête d'une sortie, qui longe laborieusement les plinthes sans porter la moindre attention à toute activité humaine...

Et tout ceci avec, en fond sonore, le bruyant remue-ménage des chauves-souris qui ont élu domicile dans les combles, juste au-dessus du plafond en bois de notre salle d'eau !

Par bonheur (et hygiène sûrement), les blattes ne font pas partie de ce bestiaire de co-locataires inattendus... A vrai dire, seules les scolopendres représentent un vrai danger et sont tuées sans appel lorsque nous les y croisons ; les autres font comme nous : ils gardent leurs distances, et s'en vont aussi discrètement qu'ils sont arrivés...

Une silhouette de motard

Tout le monde le sait, la moto est plus dangereuse que la voiture : en moyenne, 6 fois plus d'accidents, et même 20 fois plus si l'on ramène la statistique au nombre de kilomètres parcourus. Et les DOM aggravent les données : en 2011, les deux-roues motorisés représentaient 45% des accidents mortels contre 25% en métropole (la Martinique étant loin "en tête", la Guadeloupe arrivant en second après la Guyane et la Réunion). Les raisons sont nombreuses et incombent aussi bien aux motards (conduite sans casque, wheeling, run, etc.) qu'aux autres usagers de la route (qui la prennent souvent pour un parking ou une extension du trottoir) et à la configuration du réseau routier, étroit et sinueux.

Et depuis 2010, en octobre, à l'occasion de l'opération de prévention routière "Cent motos, 100 km, sans accident", l'une des principales associations de motards de l'île, Les Motards du Nord, implante des silhouettes noires de motards à hauteur des lieux de décès, en bordure de route.

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La vingtaine de silhouettes ainsi installées a pour objectif de rappeler à tous les usagers de la route, et en priorité aux motards, la nécessité de respecter les règles de bonne conduite.

 Et en temps que motard, je ne puis que confirmer la nécessité d'une extrême prudence sur les routes de Guadeloupe, où tout peut arriver, à tout instant…
 

La veillée funèbre

Pendant quelques jours, dans notre voisinage, la terrasse d'une maison s'est trouvée parsemée de bougies rouges et animée de gens, plus nombreux qu'à l'accoutumée, qui riaient ou pleuraient un peu et parlaient beaucoup : il s'agissait, en, fait d'une veillée funèbre...

En effet, traditionnelleùent, en Guadeloupe, le décès d'une personne donne lieu, jusqu'à l'enterrement, au rassemblement des connaissances, amis et, bien sûr, famille du défunt. Les avis de décès sont d'ailleurs régulièrement diffusés à la radio locale. Mais loin d'être un "abattement" collectif, si dans la chambre funèbre on pleure l'être disparu, sur la terrasse il en va autrement : autour d'une table dressée sur laquelle on trouve du café ou d'autres boissons, chacun relate une ou plusieurs anecdotes marquantes et amusantes de la vie du défunt. Les souvenirs heureux permettent de le faire revivre dans les coeurs et les esprits, et la joie de vivre éloigne la mort qui rôde. Les rires ne sont pas mal vus, bien au contraire !
Il arrive même que l'on y chante les mérites du disparu sur les airs traditionnels du gwoka...

Notons cependant, que les veillées au domicile du défunt se font de moins en moins nombreuses, remplacées par des rassemblements, plus impersonnels, dans les funérarium.  

Veillée funèbre en Guadeloupe  Bon, sachant cela, je suis allé présenter mes condoléances...