Delgrès, Louis

29/03/2016 23:11

Louis Delgrès (1766, Martinique - 1802, Guadeloupe) : Juridiquement "libre de couleur", il est le fils d’une Afro-descendante et d’un procureur du roi. Recevant une bonne instruction, il vécut à la Martinique, puis à Tobago (occupée par les Français en 1781) lorsque son père y fut nommé directeur des Domaines.

Enrôlé à dix-sept ans dans la milice de la Martinique, il y est nommé sergent en 1791. Année au cours de laquelle il s’exile à la Dominique lorsque les royalistes prennent le contrôle de son île natale. En 1792, il est élu lieutenant et, en décembre, Louis Delgrès rejoint les rangs des républicains et monte à bord de la Félicité, navire commandé par Lacrosse. Il sert sous les ordres de Rochambeau et est nommé capitaine à titre provisoire. Capturé par les Anglais en février 1794, il est retenu prisonnier, mais rapatrié en mai à Saint-Malo. Il est envoyé en 1795 en Guadeloupe, puis à Sainte-Lucie pour combattre les Anglais. Il y est grièvement blessé le 22 avril. Pour avoir pris le Mont Rabot, à la suite de violents combats, et y avoir hissé le drapeau tricolore, il est nommé capitaine le 25 juin 1795. À Saint-Vincent, il enrôle les Garifunas (population issue d’Afro-descendants et d’Amérindiens). Repris par l’ennemi le 16 juin 1796, il est de nouveau déporté en Angleterre (Porchester) et ne bénéficie d’un échange qu’en septembre 1797. Il séjourne au Havre, à Rouen, puis à l’île d’Aix, en compagnie de Magloire Pélage. En septembre 1799, il est en congé à Paris. Le 1er octobre 1799, il est nommé chef de bataillon. Destiné à accompagner les agents de la Convention Jeannet, Laveaux et Baco en Guadeloupe, il refuse cette nouvelle affectation car il lui est dû des arriérés de sa solde. Finalement, Victor Hugues lui fait une avance et il embarque le 16 novembre 1799.

Le 27 juillet, il est nommé commandant par intérim de l’arrondissement de Basse-Terre. En octobre 1801, il est aide de camp du capitaine général Lacrosse. Ce dernier le qualifie de sans-culotte, ce qui indique son profond engagement révolutionnaire en cette époque du Consulat. Mais, le 1er novembre 1801, lorsque Lacrosse est emprisonné, il se rallie aux officiers rebelles. Le 5 janvier 1802, Louis Delgrès destitue les fonctionnaires blancs accusés de correspondre avec Lacrosse. Deux jours plus tard, il devient chef de l'arrondissement de Basse-Terre. Les 15 et 16 février 1802, en collaboration avec le capitaine Massoteau, Louis Delgrès fait arrêter des officiers blancs. À partir du 10 mai 1802, dans la région de Basse-Terre, Louis Delgrès est le chef de la résistance contre les troupes consulaires. Il fait ouvrir le feu sur les bateaux portant les troupes du général Richepanse, envoyés par Bonaparte pour rétablir l’esclavage avec la collaboration d’Afro-descendants félons commandés par Pélage. Le débarquement des troupes esclavagistes donne lieu à de très violents combats à Basse-Terre et dans les environs.

Delgrès est à l’origine d’une célèbre proclamation anti-esclavagiste, rédigée avec un créole de la Martinique placé sous ses ordres, l’adjudant général Monnereau et affichée le 10 mai 1802 : "A l'Univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoir"

 

Réfugié avec Joseph Ignace, au fort de Basse-Terre (aujourd’hui Fort Delgrès), il est cerné par les troupes de Richepanse, qu’il nargue en jouant du violon sur les remparts. Delgrès, refusant de transformer le conflit en guerre de couleurs et protégeant la population de Basse-Terre, réussit le 22 mai 1802 une sortie avec Ignace qui, encerclé à Baimbridge, se suicide. Le 28 mai 1802, cerné à l’habitation d’Anglemont, près de Matouba, et refusant de se rendre, Louis Delgrès se fait sauter avec 300 de ses compagnons, en vertu de la devise révolutionnaire "Vivre libre ou mourir". Les survivants, dont l’épouse de Delgrès, Rose, dite Toto, qui n’avait pu suivre son mari, s’étant cassé la jambe, sont massacrés au cours d’une effroyable répression. L’adjudant général Monnereau invité, du fait qu’il n’était pas un Afro-descendant, à renier le texte rédigé avec Delgrès, refusera et sera pendu.
Malgré la résistance sporadique de quelques "coureurs des bois", l’esclavage fut rétabli à la Guadeloupe pendant 46 ans, jusqu’à son abolition définitive en 1848.


Louis Delgrès En 2002, le sacrifice de Matouba a été commémoré par la création d’un timbre à l'effigie de Louis Delgrès, et par la mise en place d’une stèle au Fort de Basse-Terre qui porte dorénavant le nom de Fort Delgrès. Nous pouvons actuellement lire sa proclamation au Champ d’Arbaud à Basse-Terre. Par ailleurs, des rues et des établissements d'enseignement ont été nommés en mémoire de Louis Delgrès depuis 2002. Une inscription a également été placée dans la crypte du Panthéon à Paris, à la mémoire de Louis Delgrès : "Héros de la lutte contre le rétablissement de l'esclavage à la Guadeloupe, mort sans capituler avec trois cents combattants au Matouba en 1802. Pour que vive la liberté".